Recommencer à courir

Parmi les étapes qui jalonnent la vie d'un runner ou d'une runneuse, il y en a une, délicate entre toutes, la reprise après un arrêt. Lorsque celui-ci est volontaire et de courte durée pour régénérer le mental et le corps, tout va bien. Mais quand la blessure ou la maladie ont fait durer la coupure, et pire encore, s'il n'a pas été possible de pratiquer un autre sport, ça se complique.

Il y a d'abord ce moment à bien choisir: "OK, j'y vais." Ne pas recommencer trop tôt... tout en sachant distinguer la sagesse de la petite voix paresseuse qui va vous susurrer que c'est tellement bien de faire des apéros au lieu de courir... Puis il faut savoir reprendre en douceur, en alternant quelques minutes de marche et de course, après un arrêt prolongé. Respecter son rythme, son corps, et progresser étape par étape.

Cela, c'est sur le papier. Dans la réalité, lorsque vous avez dû renoncer au sport durant plusieurs semaines, voire plusieurs mois, les premiers pas de course sont loin d'être évidents. "Oh là là, ils ont bien du mérite, les débutants, pour se lancer dans un truc pareil", me disait une amie qui entamait sa reprise. Pour ce faire, elle a d'ailleurs suivi... un plan pour débutants.

"Faire avec"

Le corps avec lequel on recommence à courir n'a plus rien à voir avec lequel on a arrêté: la mécanique fluide, tonique, musclée, endurante et rapide sur laquelle on savait pouvoir compter n'est plus au rendez-vous. Les articulations raidies, les jambes flageolantes, le souffle court, le coeur battant et quelques kilos supplémentaires... ça vous change! Et pourtant, il faut faire avec.

Pour "faire avec", il faut une sacrée dose d'humilité. "Ah non mais moi je suis un champion!" ne marche pas dans ce cas là, mais au contraire se dire que "d'accord, pour le moment, c'est difficile et je repars de zéro". Accepter ce corps souffrant qui ne fonctionne pas comme on voudrait. Prendre en compte ces nouveaux paramètres plutôt que se focaliser sur "mais avant sur la même distance je courais deux fois plus vite". Cela, c'était avant. Vouloir à tout prix refaire les temps d'avant sera contreproductif sur le plan de l'entraînement. La clé de votre progression sera d'être attentif à votre état de forme actuel et de respecter ces paramètres.

A cette dose d'humilité, on ajoutera une louche de persévérance. Y aller, pas après pas, jour après jour, même si sur le moment cela ne se passe pas comme on le souhaiterait ("mais où son les sensations d'antan?"). C'est dur? C'est pas marrant? Il pleut? Y aller quand même. Vous n'y croyez plus? Le jeu n'en vaut pas la chandelle? Vous êtes un athlète, vous y allez quand même.

Comme au marathon

Se projeter dans un futur défi, à sa mesure, est aussi très efficace: "d'ici un mois, je suis capable de faire telle distance en temps de temps", par exemple. Ou s'inscrire à une course. Attention toutefois à ne pas se surestimer... car le découragement guette. Attention à ne pas se sous-estimer non plus, façon "de toutes façons je n'y arriverai jamais." Dans les moments de découragement, il peut être utile de se souvenir d'une course particulièrement réussie, de retrouver un vieux dossard si vous les gardez, une médaille ou un t-shirt souvenir! Eh oui, fier d'être un runner, fière d'être une runneuse!

Lorsque j'ai commencé ma reprise, j'avais l'impression que tous les athlètes qui couraient autour de moi étaient magnifiques et rapides, avec leurs mouvements fluides et leurs silhouettes fuselées. Je me faisais l'effet d'un gros escargot qui cherchait à courir au milieu de gazelles.Et puis j'ai senti le soleil et le vent sur mon visage et je me suis dit que ça valait la peine.

Humilité, persévérance, capacité à se fixer un objectif, à se connaître, à se respecter, fierté, motivation... Des qualités essentielles à une bonne reprise après une coupure prolongée et non souhaitée. Et si cela vous tente, ces qualités sont précieuses entre toutes pour le marathon!


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