Abandon

Aujourd'hui, j'ai abandonné une course. Pour la première fois de ma vie. Sur le moment, j'ai trouvé que c'était plus dur que de renoncer à prendre le départ.

A l'échauffement, j'avais de la peine mais j'ai mis ça sur le compte:
- de la météo
- de la fatigue
- de la difficulté à me lever un dimanche matin
- du fait que je n'étais pas encore échauffée
- des extraterrestres, de l'extinction des dinosaures, du retour du Jedi...


Le départ est donné pour 8 petits kilomètres, 400 mètres de dénivelé. On part en descente et normalement j'adore enchaîner sur une montée, surtout lorsqu'il y a des escaliers, c'est rigolo! Là c'est pas rigolo. Jambes molles, très molles. Je pousse un peu et... le moteur ne réagit pas. Pas moyen de passer la vitesse supérieure. Tiens, ça me rappelle quelque chose, ça.

J'essaie d'avancer quand même. En plus y a de la boue, je suis en baskets de trail qui crochent de manière phénoménale, youplaboum je peux mettre la gomme et... non, je ne peux pas mettre la gomme. Que pouic. Je peux juste avancer un peu, lentement, en souffrant beaucoup.

"Continuez avec moi!"

Dans ma tête ça va très vite: non, je n'ai pas envie de souffrir les 7 km restants, ne pas profiter de la course et finir crevée à ne plus pouvoir monter une pente en attendant la perfusion salvatrice. Mon corps semble m'annoncer le retour de symptômes de l'anémie, alors je vais l'écouter, point barre. Je m'arrête. Je laisse passer le peloton, en file indienne sur le sentier.

Je devais être grosso modo au milieu de peloton... Les coureurs et les coureuses défilent. La dernière m'interpelle: "s'il vous plaît, continuez avec moi!" C'est à la fois un formidable encouragement et un appel à la soutenir. C'est magnifique de solidarité et j'aimerais la remercier, lui dire que c'est génial ce qu'elle est en train de faire et qu'elle va y arriver. "Je ne peux pas", est tout ce que je trouve à dire.

Puis je croise la serre-file, la soeur d'une amie. Je la rassure. Rien de grave, je vais m'annoncer à l'arrivée. Un bénévole me demande si j'ai besoin de soins. Devant son air soucieux, je plaisante: "à part une perfusion de fer, non, ça ira". Les gens ont l'air désolé. Pas tant que moi. Retour au vestiaire, seule parmi les sacs. J'ai pas le moral. Peut-être que j'aurais quand même pu la boucler, cette boucle?

Peut-être que...

En repartant j'entends les noms des premiers. L'ambiance est à la fête. J'ai le moral dans les chaussettes. Peut-être que j'aurais pu... Peut-être que j'aurais dû... Il pleut, il fait froid.

Je prends conscience, soudain, d'un truc qui était là, mais sans que je le ressente: une grande grande fatigue, que je n'ai pas entendue, tellement j'étais dans l'envie de courir, dans l'envie de chemins, dans l'envie de montagne. Pendant que mon mental en est encore à peser le pour et le contre, tout mon corps me crie que j'ai bien fait d'abandonner et que non, il n'avait pas la force de continuer.

Forcer, entamer mes réserves: où est-ce que cela m'aurait conduite? Pour une course sans enjeu, réalisée en guise d'entraînement, j'aurais donc joué avec ma santé? Redescends sur terre, Escargote: la course à pied est un loisir, un plaisir, pas une punition que tu t'infliges et encore moins une question de vie ou de mort

Il m'en a coûté, je me suis sentie coupable, je m'en suis voulue... et puis j'ai compris que j'avais bien fait. Aujourd'hui, pour la première fois de ma vie, j'ai abandonné une course. Et j'ai eu parfaitement raison. Allez, je vais rejoindre les copains pour l'apéro.

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