La face soleil de l'Eiger - tortue ravie

Trop de boulot, des pépins de santé, une aventure alpine un peu rocambolesque dans trop de neige m'ont amenée à faire une croix sur le Trail Verbier-Saint Bernard. J'ai dû renoncer et j'ai su, alors que mes jambes me portaient difficilement sur quelques mètres, que j'avais pris la bonne décision. Il n'empêche. Complètement rétablie, 48 heures plus tard, je sentais déjà ces mêmes gambettes qui me démangeaient. Et par hasard, je me suis inscrite au petit parcours de l'Eiger Ultra Trail.

On a donc 17 km selon ma Garmin et 16 selon les organisateurs, pour environ 1000 m de dénivelé (960 m). Tout ça avec vue sur un des sommets mythiques de la Suisse, l'Eiger. Cela tombe bien, je n'ai jamais mis les pieds dans ce must touristique de mon pays, Grindelwald. Hop, je m'inscris.

Le profil: ça monte et ça descend
Ce jour-là, la météo s'annonce caniculaire. Dans le train, une équipe de nanas carbure à la bière... alors qu'il n'est pas 8h00 du matin: elles fêtent leur départ en vacances.

A Grindelwald, le soleil tape comme pas possible. Près du départ, une ado demande à sa mère: "c'est sur cette montagne que tu vas grimper? T'es SÛRE que tu vas y ARRIVER????"





Le départ est donné. Le paysage est grandiose. Mais il fait très très très chaud. Je crève littéralement de chaud et ça monte en plein soleil: quasi pas de forêt. L'escargote d'hiver que je suis en bave comme une grosse limace. Jamais les 4 premiers km n'ont été aussi difficiles. Je ralentis et bois comme pas possible... heureusement que j'ai rempli ma poche à eau.

L'ambiance est sympa et les paysages splendides. Comme j'ai décidément beaucoup de peine et que j'avance plus en mode rando tranquille qu'en mode traileuse qui déchire, je m'arrête pour prendre des photos. Avec la sueur, l'appareil ne veut rien entendre aux commandes de l'écran tactile. Alors je m'essuie les mains sur un bout de buff, c'est toute une organisation. Je ne peux pas dire que la vue est à couper le souffle, car il est coupé depuis le départ. Mais les montagnes tout autour, c'est sublime.

Comme les Bernois font extrêmement bien les choses en matière de tourisme, il y a même un banc surplombant un magnifique panorama. Plus touriste que jamais, je m'arrête quelques minutes sur le banc pour admirer le paysage, m'en imprégner et accessoirement le photographier. Une femme rigole et me rejoint: "isch a schamparguet'idee", me lance-t-elle (c'est une idée super) et elle sort son téléphone portable.

Suit un petit bout tranquillement vallonné où je cours avec plaisir, puis déjà c'est la descente. Sans difficulté aucune, mais raide de chez raide. Mes genoux et mes cuisses, encore un peu traumatisés par une pente un peu rock n'roll dans la grosse neige, refusent d'accélérer. Je grince. Ils grincent. Alors je ralentis et je descends tranquille. Plus je descends, plus je me mets à re-crever de chaud. J'ai l'impression de passer de l'état liquide à l'état lyophilisé. On va pouvoir me mettre, petit tas de poudre, dans un sachet.


Ma Garmin indique 16 km et visiblement l'arrivée, ce n'est pas pour tout de suite. Un km plus tard, la voici enfin, au bout d'une énième descente. Le bonheur, c'est de recevoir une bière sans alcool à l'arrivée. Pour la première fois depuis les années que je l'utilise, ma poche à eau est entièrement vide. Le soleil cogne et les taons viennent se régaler de ma sueur. Je m'en fous, c'était bien joli, cette promenade.

Comment dites-vous? Ah c'était chronométré? Un détail... S'offrir le petit parcours de l'Eiger Ultra Trail comme sortie longue, n'est-ce pas un luxe exorbitant? C'est ce que j'ai fait: on ne vit qu'une fois.

Sur le chemin qui me ramène à la gare, je croise une partie de ceux qui se sont alignés sur les 51 km. J'applaudis, j'encourage, je crie. Respect, Messieurs-Dames. Et respect aux héros des 101 km. Quant à moi, je vais prendre mon train. Un sourire grand comme un soleil, scotché sur le visage.

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