Le triathlon, c'est comme les chips - CR Triathlon du Val-de-Ruz

Assise dans le vestiaire en béton brut d'une piscine en plein air, je pèle de froid. Le parc à vélos a fermé à 13h15 et j'ai jusqu'à 14h56 et des poussières à poireauter avant mon départ. Je me demande ce que je fous là et ce qui me pousse à rester au lieu d'aller rendre ma puce.

En ce 2 juillet, le vent souffle avec force, les nuages sont bas et il fait frrrroid! Un froid de canard sur ces hauteurs du canton de Neuchâtel. Le froid m'a saisie en sortant de la gare tout à l'heure et ça ne s'est pas amélioré dans la descente pour rejoindre le lieux des festivités, le vent me déportant dans la descente. Malgré les manchons, malgré tout ça... en fait, j'aurais dû prendre une doudoune.

Tout avait pourtant bien commencé. Chez moi, il faisait doux. Dans le train, je tombe sur un ami à la vaste culture et dont la conversation m'enchante. Le trajet passe en un éclair. Et puis soudain, il faut descendre. Le froid me saisit, le vent est violent. Il fauchera même quelques tentes de l'organisation sur son passage.

S comme sprint


Mais qu'est-ce que je fous là? Pourquoi je reste? Fierté? Curiosité? "Je me suis inscrite alors je vais jusqu'au bout"? Sûrement un peu de tout ça: mon 1er "vrai" triathlon, un S comme sprint. 500 m de natation en piscine, 20,7 kil de vélo et 5 km de course. Je ne vais quand même pas laisser les éléments m'emmerder.

Soudain, c'est l'heure de se mettre à l'eau. Et là j'ai l'impression d'être un "Gremlin" à l'envers. Mes doutes et pensées négatives s'envolent dès que j'entre dans la piscine. Le top départ est donné et la question ne se pose même plus, je suis ici pour ça, nager. 

Les départs se font en contre-la-montre et je trouve que c'est une super formule. Quant au parcours de natation, il est ingénieux et facile: il faut faire un aller-retour dans une ligne, changer de ligne, faire un autre aller-retour, passer à la ligne suivante. J'y vais d'une brasse coulée énergique et, même si ce n'est pas rapide en soi, pour moi ça l'est. Je double des gens et je sors de la piscine en 11'34'', ce qui pour moi représente un bon temps. Je me suis remise à nager pour le plaisir en mai, et j'ai commencé à m'entraîner en natation en juin...

Perte de temps


A la sortie du bassin, personne pour nous indiquer quoi/ où. J'ai pourtant bien écouté le briefing et regardé le bonhomme en rouge faire la démonstration, mais visiblement cela n'a pas suffi. Je cours à mon vélo que je ne retrouve plus car il est masqué par la carrure "imposante" d'un photographe en train de photographier, accroupi en plein sur mes affaires. Monsieur votre tabouret, c'est mon casque! Un jeune bénévole lui crie de dégager pendant que je le contourne et arrive enfin à mes affaires. 

Une fois munie de mon vélo, je cours dans ce que je croyais être le sens du départ mais non, ce n'est pas le bon. Une dame me fait des signes énergiques mais je n'entends pas ce qu'elle dit. Je repars donc fissa en sens contraire, cette fois c'est le bon sens. J'ai bien perdu une minute dans l'opération, entre le photographe et mon erreur de direction. A ce stade, je ne m'attarde même pas là-dessus, j'ai autre chose à faire. C'est peut-être ça, la magie du triathlon: cette discipline me force à me concentrer totalement sur le moment présent, sans analyser, sans rien faire d'autre que de vivre mes sensations et de gérer au mieux.

Vent de face


D'abord, la joie de me mettre en selle: youpie, le vélo! Avec... un vent de face d'une intensité... folle! C'est la première fois que je pédale vraiment contre le vent. J'en suis presque à mouliner pour avancer, comme le long d'une côte bien raide. Je n'ai personne devant moi et, pour l'instant, personne derrière. Et aucune idée, à la bifurcation, du chemin qu'il faut prendre: pas de rubalise, pas de bénévole ni de marquage au sol... Je m'arrête donc sur le côté et attends qu'on me dépasse (oui, je l'ai fait!). Trois cyclistes ne tardent pas (alignés dans un parfait drafting alors que c'est censé être interdit, les deux de derrière profitant de l'aspiration du premier) et me gueulent "A droioioioiteuh!" en doublant. Je redémarre donc et pars à droioioiteuh. Merci les gars.

Cette fois, j'ai le vent de côté et j'essaie de me coucher sur le vélo pour lui donner le moins de prise possible et l'empêcher de me déporter dans le champ. Un cycliste me dépasse comme une flèche, la trajectoire parfaite, comme si le vent était un détail. Mais comment fait-il? Après ça, j'ai droit à un festival de trous en descente, des virages hyper serrés, au cordeau (on nous a prévenus au briefing) et les fameuses 14 larges rigoles d'évacuation des eaux dans le chemin agricole bétonné. A ce stade, je fonce par-dessus les rigoles et tant pis si ça secoue le vélo comme un prunier. 

Autant les 5 premiers km du parcours ont été du réglage et du "découvre comment rouler face au vent", autant les 5 suivants sont plutôt "roule comme un gladiateur dans ces faux-plats montants" et dépasse du monde. La piscine est en vue, c'est partie pour la 2e boucle. Il y a d'abord l'effort harassant face au vent puis "au plus près"... j'ai l'impression d'être un bateau, puis ça roule tout seul, je redépasse une pétée de monde. Ces 10 km passent tout seuls. Transition, la course.

Courir sur les cailloux


La surprise qui m'attend, à la course, c'est que la première moitié du parcours, c'est du chemin de terre. En temps normal, cela m'aurait ravie, mais avec une cheville totalement instable, cela change la donne. Je sens immédiatement que ma foulée n'est pas comme d'habitude et que mon pied a tendance à partir en rotation au moindre caillou. 

La bonne chose dans tout ça, c'est que les séances de physiothérapie ont payé: le reste de mon corps rétablit immédiatement l'équilibre. N'empêche, je ne veux prendre aucun risque et je ralentis. Je pense qu'en temps normal j'aurais ralenti aussi, mais pas autant. Je me concentre complètement sur ma foulée, bien poser le pied, anticiper, poser le pied. A ce moment là, une femme de ma catégorie d'âge me dépasse. Elle pète le feu et sa 3e place sera amplement méritée!

Ravito, oh, l'eau est bienvenue. Sur mon vélo je n'ai pas pensé à boire... Un aller-retour dans les champs puis je retrouve enfin "la terre ferme", à savoir le bitume et le goudron. J'accélère. Je passe la ligne d'arrivée sans me rendre compte que c'est l'arrivée, on m'enlève la puce, miam il y a des fruits coupés, je suis toute étonnée d'être "déjà" là en 1h34 et j'apprends que je suis 4e féminine senior. Bon, nous n'étions pas nombreuses non plus, mais ça fait plaisir!

Quelques leçons


Je range mes affaires et demande à des bénévoles si pour Neuchâtel, c'est bien "par là" qu'il faut passer. Ils me regardent avec de grands et yeux et passé le moment de surprise ("ben dis donc, y en a qui sont en forme"), ils valident ma route et me préviennent juste qu'à Valangin, ça monte. Oui, ça monte bien, je confirme. Et je sens la fatigue, c'est indéniable. Mais ce petit crochet m'a bien plu. En plus il y a moins de vent et il fait un peu meilleur.

Ce que je retiens de ce premier triathlon S? Le plaisir que j'ai eu après cette loOOOngue attente frigorifiée. J'ai nagé à mon maximum, je veux dire que je n'aurais pas pu tenir une telle allure sur 1000 mètres. A vélo, j'ai roulé du mieux que j'ai pu mais je pense que j'ai encore une sacrée marge d'amélioration, notamment en descente et dans mes trajectoires. En course, j'ai géré du mieux que j'ai pu compte tenu de mes paramètres. Je pense que je gagnerai à exercer la transition vélo-course et à partir courir 5 ou 10 km immédiatement après avoir fait un tour à vélo ou même, être rentrée à vélo du boulot.

Voilà pour les réglages, sinon, je suis sur un nuage car ce triathlon s'est bien passé et je suis conquise par la diversité de ce sport. Ce qui me plaît aussi, c'est que comme je suis moyenne dans les trois disciplines, je ne fonde des espoirs inconsidérés sur aucune et je me contente de vivre ma course du mieux que je peux.

Vivement le prochain


"Le triathlon, c'est addictif", me disait un camarade croisé sur une cyclosportive. Et je crois qu'il a raison. Le triathlon, c'est comme les chips. Quand on a ouvert le paquet et grignoté le premier, on risque de ne plus pouvoir s'arrêter. C'est un concentré d'émotions, de vie. C'est ludique.

C'est 3 courses en une seule et à chaque changement de discipline, tu remets tout en jeu. C'est 3 départs, 3 arrivées et une intensité rare. C'est une découverte permanente de soi et de ses limites. Jusqu'ici, je n'avais connu ça que sur le marathon et sur le trail. 


Commentaires

  1. Bravo pour t'être mise au triathlon plutôt qu'aux chips !
    c'est le bon format pour démarrer, mon rêve secret... sauf que je viens d'apprendre à faire du vélo (oui c'est tard) et la piscine ce sont mes restes de 6ème donc j'en suis loin.
    A quoi ressemblait tes sorties vélo pour la prépa ?

    http://anamarunslowl.over-blog.com

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

      Supprimer
    2. Merci @Ana! Mes sorties? A rien:
      https://escargote-aux-baskets.blogspot.fr/2016/06/un-deux-trois-mon-1er-triathlon.html

      Un peu de vélotaf et une sortie entre 40 et 65 kil le week-end 😉. Et je ne nage que la brasse coulée. J'ai prévu de me mettre à apprendre le crawl et j'ai plus de 40 ans: pas d'âge pour apprendre!
      Vas-y, franchis le pas: le triathlon c'est un max de sensations!

      Supprimer

Enregistrer un commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

Pour en finir avec le dépassement de soi

Courir c'est apprendre à oser

Une Escargote à Genève: un 7e marathon qui fait mal aux pattes