En randonnée sur un trail (reconnaissance en 3 jours de la Traversée La Fouly - Verbier du Trail VSB)

En montagne, je n'ai jamais "couru" plus de 31 km (c'est plutôt de la rando course, à mon niveau). Et voilà qu'en juillet 2016, je vise la Traversée du Trail Verbier - Saint-Bernard: 61 km, 4000 m de dénivelée. Pour moi, c'est costaud, très costaud. Je n'épiloguerai pas sur les raisons qui m'ont poussée à m'inscrire et à tenter cette première: le goût du défi sûrement, la curiosité de voir ce que ça fait de s'aligner sur un truc pareil et... le fait que j'aime infiniment cette région.

Pour aller voir le parcours de plus près, pour mieux me projeter dedans mais aussi pour mieux évaluer les difficultés, j'ai fait une reconnaissance en trois jours cet été, en mode randonnée. C'est triché: toute la neige avait fondu.

Jour 1 La Fouly - Bourg-St-Pierre

Curieusement, c'est le premier jour que j'ai eu le plus de doutes, et sur un parcours que je connaissais déjà. Le point faible de mon mental, c'est le début, les premiers km, passé le moment magique du départ.

Durant la nuit, il a plu sans discontinuer. Au matin, les nuages restent bien menaçants sur La Fouly. Je remonte le Val Ferret dans le brouillard et ne croise pas grand monde. Déjà, je me résigne à faire l'étape du jour dans "la peuf", avec une visibilité s'arrêtant au bout de mes chaussures. A partir de l'alpage des Ars, en montant en direction des lacs de Fenêtre, un coup d’œil en arrière me scotche sur place. Les glaciers accrochés au massif du Mont-Blanc sont bien visibles, le temps se découvre! Un peu plus haut, je rigole en voyant le brouillard qui stagne sur le Val Ferret: ce n'est pas le temps qui se découvre, c'est moi qui ai quitté le brouillard.


Aux lacs de Fenêtre, il y a un vent pas possible mais que c'est beau! J'arrive au col de Fenêtre, entre la Suisse et l'Italie. En toute logique, il y a encore plus de vent qu'aux lacs, mais qu'est-ce que j'aime cet endroit juché en équilibre entre deux mondes et entre deux pays. Derrière moi, le massif du Mont-Blanc, le val Ferret, les lacs de Fenêtre. Devant moi, la route en lacets qui mène à Aoste, au loin le Grand Combin dont je sais qu'il est là mais qu'on ne voit pas. Il ne me reste qu'à me laisser descendre sur l'alpage de Baou, à remonter au Grand-St-Bernard sur la voie romaine, j'y suis et je repasse en Suisse.

  Le temps se couvre à nouveau au Grand-St-Bernard, dans la montée du col des Chevaux. J'ai un sac à dos avec des affaires pour 3 jours au lieu d'un petit sac de trail. Mon sac pèse, j'ai du mal à trouver mon équilibre et je n'aime pas ce passage. J'ai peur. Allez, encore un pas. Concentre-toi. C'est passé. Décidément, va falloir travailler les descentes. Baisse de moral. "Je n'y arriverai jamais, en un seul jour", suis-je en train de penser. En attendant, j'ai encore du chemin, je continue. Brouillard, gouttes de pluie... En redescendant sur Bourg-St-Bernard, je me prends l'averse. Et je m'offre un moment qui rachète tout: une demi-heure de pause parmi les marmottes qui folâtrent sous la pluie. Des grosses marmottes de fin d'été bien dodues... on dirait des peluches vivantes.

La suite du chemin est tranquille. Je trottine même sur la route d'alpage qui mène à Bourg-St-Pierre où je fais étape. Je suis bien contente de terminer mon périple pour aujourd'hui. Ces 26 km et 1500 mètres de dénivelée suffisent à mon bonheur. Pourtant, après une douche et une assiette de pâtes, j'hésite presque à ressortir faire un tour au village: je me sens en pleine forme et je me dis que j'ai plus de ressources que je ne crois. Je dors comme une souche.



Jour 2 Bourg-St-Pierre - Cabane de Mille

 Le lendemain matin, il fait un temps magnifique et une amie me rejoint pour monter à la cabane de Mille. Pour moi, c'est le jour "off", avec 12 km et environ 1100 mètres de dénivelé positif. Pour elle, c'est un défi car elle est peu entraînée, et elle m'impressionne. Elle avance, sans se plaindre. Je veille à ce que nous prenions des pauses régulières. Le début de la montée me rassure: ce n'est pas technique. Avec la fatigue accumulée, j'aurai ce tronçon pour décompresser, être un peu moins attentive, me laisser aller.


A cette montée facile sur une route d'alpage succède un monotrace à flanc de coteau, parfois en dévers, offrant des raffinements de faux-plats. Cela va, mon amie n'a pas trop peur de la pente, mais ces faux-plats sont casse-pattes, je le reconnais. Au loin, on aperçoit la cabane. Il reste du chemin. C'est alors que mon amie lâche: "Ne me dis pas qu'on va prendre le chemin qui MONTE?" Je rigole: "Pour prendre celui du bas, on devrait faire un détour". Puis je vois le petit épaulement qui lui fait peur: "Oui, de loin c'est impressionnant, mais tu verras, quand on est dessus le chemin est tout facile. Et la descente en pente douce, après, c'est un délice."


Convaincue ou pas, elle suit. A ma grande surprise, la montée se fait sans problème et lorsque nous redescendons sur la cabane, elle s'écrie: "C'est magnifique d'arriver depuis en haut!". Quant à moi, après mes ruminations de la veille, j'ai la pêche. Cette montée, je ne l'ai pas vue passer et je me sens en pleine forme




Jour 3 Cabane de Mille - Lourtier - Verbier

Après une nuit dans la magnifique Cabane de Mille, moderne, tout confort, et aux gardiens accueillants, nous sommes prêtes pour avaler la descente conséquente qui mène à Lourtier. Celle-là, lors de la course, je la ferai probablement de nuit, tout ou partie. Il faudra que je fasse bien attention aux racines, aux cailloux, etc. De jour, il n'y a pas de difficulté particulière, si ce n'est un bout un peu raide si on n'a pas l'habitude de descendre des chemins de montagne. Je cueille des framboises, des fraises des bois et même des bolets. Je ne prends que les plus jeunes et les moins véreux vu que je les stocke... dans mes poches: je ne tiens pas à grouiller de vers!

Le temps est agréable, la vue magnifique sur le haut... et pas mal non plus depuis le fond de la vallée. Après un pique-nique où je constate que le salami, ça passe bien, mon amie reprend le bus vers la civilisation et me laisse continuer mon périple. Il est 13h00, c'est la canicule et le soleil cogne comme pas possible. La montée sur La Chaux est rude, on m'avait prévenue. En forme, je l'attaque d'un bon pas. Mais je souffre de la chaleur. Je bois. Et je rebois. Au moins, lorsque je la ferai en pleine nuit, je ne serai pas en train de crever de chaud, me dis-je pour me motiver. Soudain, alors que j'aspire de l'eau de mon camelback, ma bouche rencontre la résistance du vide d'air.

Quelle imbécile! Je n'ai pas songé à remplir ma poche à eau à Lourtier! Erreur de débutante! Et, si mes calculs sont bons, je n'en suis même pas au tiers de mon périple. Pas la moindre source en vue, sous ce cagnard. Mentalement, je liste ce qui me reste: une compote de fruits, une pomme. Et peut-être quelques gorgées dans ma poche à eau. J'essaie d'esquisser un plan: tous les 15 minutes, j'ai droit à une gorgée ou à un bout de compote... Au pire, je pourrai toujours essorer mon tshirt trempé de sueur pour m'humidifier les lèvres et le gosier (à la guerre comme à la guerre).

Un peu plus haut, je trouve des framboises. Je me jette sur ce ravito bienvenu. Je vais de plus en plus lentement, je fais des pauses. Je sors la pomme. Après ça, il ne me restera plus rien. Alors que La Chaux est en vue, je croise un vététiste et lui demande s'il a de l'eau. Il doit me prendre pour une folle, mais il me permet de téter deux gorgées à sa poche à eau (c'est d'ailleurs la seule personne que je rencontre sur ce parcours).

A La Chaux, j'avale coup sur coup deux coca-cola et un peu d'eau. Cette fois, je prends soin de refaire mes réserves. Je repars en pleine forme et, vous savez quoi? Il y a des champignons! C'est reparti pour une cueillette, je fais même un détour... avant de réaliser qu'il faut que je m'active si je veux attraper le bus. Je repars en courant. L'arrêt du bus est déplacé à cause de travaux. Je le loupe à une minute près. Heureusement, il y a en aura d'autres.

Mes inquiétudes des débuts sont balayées. Je suis consciente que cela ne va pas être facile et qu'il faudra tenir le découragement en échec. Regarder où je mets les pieds aussi, et m'améliorer en descente. Mais j'ai aussi pris conscience de mes ressources, et de cette faculté très humaine à reprendre des forces au ravitaillement et à repartir. Plus j'avançais et plus j'étais à l'aise. Je suis capable de le faire et je veux tout mettre en œuvre pour le faire dans les meilleurs conditions. En rentrant de cette expédition, je suis sur un petit nuage.

Commentaires

  1. Bravo ! Et super d'avoir eu l'occasion de faire une reconnaissance :)

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  2. Joli récit et superbe photo. Attention à la canicule et le manque d'eau la prochaine fois : )

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