Un "Jouissant trail" qui trompe énormément - CR du petit parcours Eiger Trail, 18.07.2015

 A la demande générale (et d'Etienne en particulier), un petit souvenir de l'été!

Trois semaines après avoir perdu zéro à un contre un caillou et avoir gardé en souvenir une entorse à la cheville... j'avais le petit parcours de l'Eiger Trail à mon programme. J'avais tellement aimé cette course en 2014 que j'avais décidé d'y retourner, juste pour le plaisir et en mode "sortie longue". Les organisateurs alémaniques ayant cru bon d'intituler cette course de 16 km (qui en fait 18 en réalité, mais c'est une autre histoire) le "Jouissant Trail", cela a beaucoup inspiré mes amies dans la rubrique "gags désopilants" et autres gaudrioles durant les mois qui ont précédé la course. Je me demande même si ce n'est pas le nom qui a poussé certaines d'entre elles à s'inscrire!

Toujours est-il que la veille, ça ne s'annonce ni jouissif, ni jouissant. La canicule a fait doubler ma cheville de volume et ça fait fichtrement mal. Je passe la soirée chez moi avec les pieds dans une bassine d'eau froide pour tenter de retrouver une cheville au diamètre normal... c'est hyper glamour. A part le fait que je suis sur les rotules après une période très intense du côté boulot, je me réjouis de revoir Lexoulex et de faire la connaissance de Miss Evidence. Du coup, je prévois de me rendre à Grindelwald quoi qu'il arrive, et le fait qu'il faille prendre le train à 05h45 du matin n'est qu'un détail sans importance. Mais vais-je pouvoir courir? On verra bien demain.

Arrivée à Grindelwald, dans l'Oberland bernois, après quelques heures de train, j'ai à peine retiré mon dossard que je "tombe" sur Lexoulex, son homme et la chienne. Miss Evidence, son homme, Défis Plein La Tête et un ami nous rejoignent...et on papote, on papote, au point que pour un peu, on aurait presque failli rater le départ.

Montagne pelée


Il fait "frais" (tout est relatif), le temps est couvert, c'est le bonheur. La vue de l'Eiger me cause un choc. Jamais je n'ai vu la mythique montagne aussi nue, aussi dépourvue de névés, ces plaques de neige et de glace qui s'incrustent sur la paroi nord, à pic, toute l'année. Seul le névé de l'araignée est encore là et bien là, les autres sont tout riquiqui. Je n'ose pas imaginer ce que les alpinistes qui tentent la face nord doivent se ramasser comme cailloux sur la cafetière, car l'avantage de cette neige et de cette glace, c'est que ça empêche un peu la montagne de venir en bas (traduction pour mes lecteurs et lectrices français: ça limite les éboulements).

Départ, donc. Lexoulex et Défis plein la tête s'élancent comme des gazelles. Miss Evidence et moi restons davantage sur la retenue. La grande inconnue, pour moi, c'est l'humeur de ma cheville. Elle m'a fait mal dans le train et pas question d'hyporthéquer mon été: si au bout de 10 minutes d'échauffement ma cheville continue à me faire mal, je renonce. C'est très clair dans ma tête. Sauf que trois minutes plus tard, je ne la sens plus, sanglée dans sa chevillère. Le plus étonnant, c'est qu'à l'arrivée, je réaliserai que je pose beaucoup mieux le pied par terre et que je n'ai plus mal du tout. Allez comprendre!

La petite bête qui monte


Mon seul vrai "entraînement", depuis mon entorse, est une randonnée en montagne à une allure de blessée, avec la chevillère. Je n'ai pas d'inquiétude car je sais que le parcours n'est pas technique, mais je me demande quand même comment va "passer" la montée. Réponse: elle passe bien! J'y vais lentement, sans regarder mon allure, et je la trouve facile comme tout, cette montée! Au premier ravito, je m'écrire "déjà?!" et je rigole intérieurement en me disant qu'avec la réserve d'eau et le matériel que j'emmène dans mon sac de trail, on dirait que j'ai prévu de faire le 50k, pas le 16 k!

En queue de peloton, pas mal de coureurs et de coureuses sont des novices dans la course de montagne. Et ça se voit dans leur manière de promener leurs bâtons en les traînassant derrière eux. J'accélère pour dépasser une personne qui traîne ses bâtons beaucoup trop grands pour elle d'une manière telle qu'on croirait qu'elle tient absolument à faire des croche-pattes. Au bas d'un monotrace qui tourne, une fille s'est arrêtée au milieu du chemin pour faire une photo. Comme j'ai profité de la descente pour accélérer et que le virage (nous sommes dans la forêt) me masque la photographe, boum, je lui rentre dedans. Elle m'engueule en néérlandais. Voui ma jolie, je suis confuse, mais tu vois, si tu t'arrêtes juste au bas du chemin en l'absence de toute visibilité, c'est à tes risques et périls!

Pause pour admirer la vue


Entre le 7e et le 8e km, la vue est si belle que je reste bien 4 ou 5 minutes scotchée devant le paysage, à croquer une pâte de fruits et à m'en mettre plein les mirettes, avant de me dire qu'il serait peut-être temps quand même de repartir. J'adore le tronçon "sommital". L'arrivée vers la télécabine et la descente dans le gazon vers le 9e km. Je trottine, confortable, attentive à ma cheville. Elle ne se manifeste pas.

Arrive la descente, pas technique pour un sou mais bien pentue. J'y vais doucement, sans appréhension. Je dépasse un gars qui a mal au genou. Je lui montre ma chevillère et on éclate de rire. L'ai-je bien descendu? Moi qui suis une pince en descente, je trouve que je ne me suis pas trop mal débrouillée, pour une blessée. Peu après le 15e km, une bénévole m'indique une direction. Fichtre ça remonte! Je ne me souvenais pas de ce détail.

L'an passé, le 16km en faisait en réalité 17 et je me rappelle avoir payé cash mon accélération à partir du 15e. Je reste donc très prudente et trottine. Il n'empêche, je suis absolument seule et ce tronçon ne m'évoque rien. Me serais-je trompée? Ma montre affiche déjà 16 km... Ah tiens, des spectateurs! Ils m'encouragent en français et je me souviens de les avoir vus plus haut:
- Mais vous, je vous ai déjà vus! leur dis-je.
- Bravo, elle est encore lucide, s'esclaffent-ils.

Le parcours tournicote dans une espèce de quartier résidentiel. Moi ce que j'aime en montagne, c'est... la montagne. Les zones résidentielles des stations de ski, ce n'est pas ma tasse de thé. Et ma montre qui affiche 17,5 km... J'en ai marre. Alors j'entends le speaker de l'arrivée et j'accélère. ça descend, c'est casse-pattes mais c'est rigolo, ils ont construit un petit pont en bois exprès avant l'arche de l'arrivée qui est ultra raide. Comme j'ai fait une belle accélération, je me fais avoir et emportée par mon élan, je dévale ce truc diabolique en poussant un cri, à la grande joie des spectateurs. J'ai passé l'arche et, cette année, on a reçu un superbe tshirt technique. Je suis finisher de ma sortie longue, chouette! En tout j'ai fait 2h52 pour 18 km et environ 900 de D+.

Tous les finishers de ce 16 k ont enregistré 18 km ou plus à leur montre. Il est vrai que nous avons vu un panneau 15 km, puis plus rien: le dernier km a été très très très long! Certains sont fâchés, d'autres rigolent et tout ça se finit sur une terrasse autour de breuvages divers et variés. On assiste aussi à l'arrivée des finishers du 51km, avec des gens qui arborent le plus beau des sourires! 





Commentaires

  1. Bravo !!! Où as-tu trouvé ta chevillère ? Celle que j'ai eu à la pharmacie ne me convient pas du tout...

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  2. Merci! Celle que j'ai utilisée m'a été "donnée" aux Urgences. Cela s'appelle Ankle-fix et tu en trouves une description ici: http://www.ortho-kern.ch/produits-et-services/magasin/bandages/

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