Courir de nuit

Tout à l'heure en voyant l'aube arriver et en entendant la ville s'éveiller, j'en venais presque à regretter que la nuit - et ma course - ne continuent pas infiniment. Dans cette montée qui me ramenait chez moi, je me suis mise à rêver d'un marathon de nuit.

Longtemps, pourtant, j'ai détesté courir dans l'obscurité. Je voyais avec appréhension arriver septembre, la première fois qu'on rallume la frontale, le soir. Puis, l'hiver approchant, de moins en moins de séance de jour. Je me mettais à revivre au mois d'avril lorsque les jours rallongent, que l'heure d'été est de retour: quel délice de courir dans la lumière!.

Est-ce parce que cette année, j'ai réussi à aménager au moins un entraînement de jour par semaine, à midi? Pour la première fois peut-être depuis un certain départ de Sierre-Zinal, je goûte, je savoure la course de nuit, en particulier tôt le matin. Bien sûr, il y a cet immense effort à faire qui est de se lever... et de se lever encore plus tôt que d'habitude, quitte même à réveiller l'homme qui lui, le pauvre, n'y peut rien. Bien sûr, il y a cette sortie dans la nuit et dans le froid. Brrr, le froid! Et puis, dix minutes plus tard, quand on a assez pesté contre cette force qui vous fait sortir par des froids pareils quand tout le monde dort, quand on est un peu réchauffée, la magie, doucement, opère.

Une place déserte, un lac. Des bateaux. Des lumières qui scintillent, au loin. La rumeur d'une voiture. Des bruissements qui viennent d'on ne sait où. Souffle, foulée, concentration. Je ramène mon attention vers l'instant présent quand je me mets trop à penser à autre chose. Il fait nuit, je suis là, je cours, je suis bien. Mes jambes tournent, je vis, je pourrais courir des heures encore. Je suis la reine du monde.

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