10 ans que je cours!

Voilà 10 ans que j'épinglais mon premier dossard. Cela s'appelait le Quart de Marathon de Lausanne, soit un peu plus de 10 km. La distance me paraissait incroyablement longue, à l'époque. Dix ans plus tard, je ronchonnais, à l'heure de m'inscrire, de ne pouvoir faire "que" 10 kils et pas le Marathon ou le Semi! Eh oui, il arrive qu'on change...

Bon, je ne me suis pas mise à courir tout d'un coup, comme par magie. Il m'arrivait de faire un footing. Cela me prenait, disons, une ou deux fois par mois, d'avril à novembre. Et puis je me suis lancé le défi de faire ce fameux quart de marathon. A l'époque, j'avais des horaires impossibles et j'avais accumulé le stress et les kilos qui vont avec ce style de vie frénétique mais sédentaire. Je m'étais remise à trottiner pour être capable de m'aligner sur un match de foot inter-entreprises. Depuis, j'ai arrêté le foot. 

Trottiner, ça me faisait du bien. Mon homme avait quelques copains coureurs et il avait couru, quelques années plus tôt, ce quart de marathon. Je me suis dit "pourquoi pas moi" et boum, j'ai commencé à courir deux fois par semaine. Deux fois par semaine! Jamais je n'avais été aussi sportive de toute ma vie de jeune trentenaire. Je l'ai donc couru, ce quart de marathon, deux mois après m'être lancé le défi et six mois après avoir commencé à courir régulièrement, sans aucun plan d'entraînement bien sûr, je ne savais alors même pas que cela pouvait exister.

Tout en coton


J'ai pris un t-shirt en coton, mon unique short (en coton aussi, bleu ciel, bien large), la paire de runnings que j'avais achetée, et départ. Longtemps plus tard, j'apprendrai que je suis une coureuse pronatrice et que ces godasses, je les avais vachement bien choisies pour dire que je les avais achetées seule, sans conseil, et que c'était un modèle en solde. Eh oui, j'avais fait quelques pas avec et j'avais pris les baskets que je trouvais les plus agréables en courant. Comme quoi, on peut être une parfaite débutante et tomber juste.

Le départ, donc. Lausanne, le Parc de Milan est envahi de coureurs et un joli petit soleil automnal brille, en ce mois d'octobre 2006. Mon homme est venu m'encourager. Tu penses, ma première course! Depuis, ça fait belle lurette qu'il ne se déplace plus pour 10 bornes, le gars! Il me laisse faire ma petite course et puis rentrer. Même un 20 km ou un semi, notez. Il est devenu blasé. En revanche, il est d'accord de faire toute l'intendance sur un trail de 60 bornes (LOL).

Je ne me rappelle plus si c'était un départ par blocs. Je me rappelle juste d'être partie en queue de peloton, tellement j'étais sûre de finir dernière. Tu penses, moi, pas sportive pour un sou, c'était déjà un miracle si je terminais. En plus, rien qu'à regarder les athlètes autour de moi... la plupart portaient des vêtements en tissu technique (pas tous), et tous étaient très sveltes. La seule nana un peu enrobée du peloton, c'était moi.

Toute la ville t'appartient


Puis le coup de feu a retenti. Pour la première fois, j'ai fait ce que j'allais faire des centaines de fois (et c'est encore mieux quand c'est un marathon), m'installer dans ma course, dans mon allure. J'ai regardé le ruban multicolore des coureurs s'étirer devant moi, le long de l'avenue de Cour. C'était si beau. Quel privilège, aussi, d'avoir toute la rue à soi, toute la ville! Cela m'a rendu légère. La course en pente douce s'est étirée jusqu'à Lutry. Là, on a reçu de l'eau. J'ai découvert les animations, les orchestres, les encouragements: tout ça était nouveau pour moi. Et retour à Lausanne. Oui, je haletais bien un peu, oui, c'était un effort, mais rien de terrible. J'étais fière de ce que j'étais en train de faire. 

Dans la descente vers les quais d'Ouchy, j'ai cru l'arrivée à portée de jambes et j'ai accéléré. J'ai fini hors d'haleine, 800 mètres plus loin. On m'a passé une médaille autour du cou. J'ai mis 1h08. J'ignore si j'ai dépassé des gens ou si d'autres m'avaient dépassée. Je m'en foutais, j'étais la reine du monde. Et je suis remontée à pied jusque chez moi, plus haut dans la ville. A cette occasion, j'ai reçu mon premier t-shirt technique, et je l'ai encore. Blanc, à manches courtes, orné de "Lausanne Marathon 2006". Depuis, les t-shirt du Lausanne Marathon ont des manches longues et je les use été comme hiver en montagne et en plaine. En revanche, ils ne portent plus la mention de l'année.

Emportée par la foule


Dix ans plus tard, je crache mes poumons mais j'ai envie de courir cet anniversaire, arguant que puisque je suis assez bien pour bosser la semaine, je suis assez bien pour courir le week-end, non mais! Mes jambes sont toutes faiblardes et me portent à peine, mais c'est un détail. L'essentiel est de faire un footing au milieu d'autres coureurs. Je débarque quelques minutes avant le départ, à peine échauffée pour ne pas me fatiguer inutilement, vu la crève que j'ai. La zone de départ est noire de monde... Il y a beaucoup plus de gens qu'il y a 10 ans, c'est certain! Et beaucoup plus de personnes de tout format, des minces, des ronds et des rondes, des gens qui n'ont pas l'air tonique pour un sou... quelle diversité humaine!

Autour de moi, rigoureusement TOUT le monde porte des habits techniques hyper sophistiqués, les écouteurs vissés sur les oreilles, le téléphone portable au bras. Beaucoup ont des ceinture de course, même des poches à eau, des manchons compressifs et il y a en a même qui mangent un gel. Je me sens un peu touriste, en t-shirt et en jupe techniques, certes, mais à part des baskets, ma Garmin et des mouchoirs, je n'ai absolument rien d'autre. Et je ne cours pas avec d'autre musique que celle de mon souffle et de mes pas.

J'entre dans mon sas de départ: bloc 3. Derrière moi, il y en a 3 ou 4 autres. A ce moment-là, je suis sûre que l'organisation s'est trompée de bloc. Je verrai au départ, avec étonnement, que je cours à la même vitesse que mes comparses de bloc, et même un peu plus vite. Je n'en reviens pas. Il y a 10 ans, les derniers terminaient en 1h14. Cette année, les derniers ont bouclé le parcours en 1h34. A part ça, c'est toujours le même étonnement au moment du départ, la même joie de s'approprier la ville.

10 km, c'est court


Sauf que 10 km, c'est un peu court. Tu as à peine le temps de te mettre à accélérer que tu arrives déjà. La descente sur les quais d'Ouchy, tu mets les gaz et... zut, je me suis encore fait avoir par cette arrivée devant le Musée olympique qui est encore plus loin que je pensais. En passant la ligne d'arrivée, je crache mes poumons. Décidément, il va me falloir encore 10 ans pour apprendre à la gérer, cette arrivée!

La foule est dense, c'est difficile de se frayer un passage. Je n'essaie même pas de prendre le métro et, dans la plus pure tradition, je remonte à pied malgré une toux à réveiller les morts. En arrivant à la maison, j'entends l'homme qui s'extasie sur la médaille: "oh regarde! c'est la fourchette plantée dans le lac à Vevey!" Je vais vous avouer quelque chose: je n'avais même pas regardé la médaille. Pourtant, elle vaut de l'or, cette médaille des 10 ans! Car depuis, je n'avais jamais refait ce quart de marathon devenu 10 km.

Je ronchonne tout en me mouchant que "sgrogneugneu, j'ai fait 52'52'' cet automne à un 10 km caritatif et je ne suis pas foutue de faire moins de 54' sur CE 10 km, avec un tracé pourtant en descente!!! Et puis j'éclate de rire. Dans l'état où j'étais, c'était déjà une gageure de courir. J'ai couru, j'ai fêté mon anniversaire de course à pied, je ne vais quand même pas me mettre à râler? Atchoum!

Commentaires

  1. Super anniversaire, tu peux être fière du chemin parcouru ... et ce n'est pas fini !

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  2. Bon si un jour je poursuis un escargot qui parcourt dix bornes en 52' ou 54', je vais quand même baver pour suivre ;) ;) bravo pour tout ce chemin parcouru depuis 10 ans! j'ai aussi 10 ans au compteur ;) Tchin virtuel en espérant qu'un jour il se transformera en réel. Bises :)

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    1. Je vote pour faire tchin dans la vie réelle, Tatiana!

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    2. Je vote pour faire tchin dans la vie réelle, Tatiana!

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