Le mental, pas que dans la tête!

"Quel mental tu as", me dit une amie après que j'ai voulu me tester sur la distance du semi marathon, tout en restant raisonnable dans les pulsations. L'objectif du jour était donc de courir 21,1 km à allure marathon, juste pour voir comment le corps encaisse ça. Il a bien aimé, le corps, à part les 4 derniers kils! Et le mental, dans tout ça? Il a été mon précieux allié sur toute une partie du parcours, reconnaissons-le.

Il faut être sûr de son fait pour prendre le départ sur une base de 6'20" au km sur une course locale car le peloton part vite. Me voici bonne dernière jusqu'au 2e km, avant de rejoindre un autre coureur qui est, lui aussi, à son allure marathon. Du coup, papotage. Les km défilent sans que je les voie passer, il fait beau, on commence à dépasser des gens, le mental est rangé au garage car je n'ai pas besoin de lui. L'autre marathonien tarde à un ravitaillement, on se souhaite bonnes course. Il me redépassera quelques km plus tard.

 Cultiver le ressenti

Soleil, paysages bucoliques et lacustres, bien être, émotions agréables: je fais le plein de bonnes sensations. Le mot est lâché: être attentive aux bonnes sensations, savoir les reconnaître, les cultiver... Voilà quelque chose qui m'aide et qui est plus de l'ordre du ressenti que du mental. Je remercie mon corps pour chaque km parcouru et je prends conscience du bonheur d'être là, ici et maintenant. Je vis totalement l'instant, sans me projeter à l'arrivée ni où que ce soit d'autre. OK, j'ai un orteil qui chauffe un peu, laissons-le chauffer et profitons des autres sensations, de courir et de regarder le beau paysage.

Calée sur mon allure, je ne suis pas tellement dans le mental. Je suis attentive à ce que je ressens et à ce qui m'entoure, échangeant un "bonjour", distribuant un encouragement, ou répondant à la vanne du marathonien de tout à l'heure qui a mis le turbo et me dépasse: "je t'ai au moins mis 10 secondes, s'esclaffe-t-il lorsque nous nous croisons dans un aller-retour.

Et puis vers le 18e km, avant même de ressentir la fatigue, le mental m'envoie des messages téléguidés par le cerveau, du type "ralentis, danger". Objectivement, il n'y a pas de danger, mais c'est la manière qu'a chez moi le cerveau de dire qu'il peine. Il se défend en se surprotégeant et en envoyant ses messages "annule-tout". 

Murmurer à l'oreille du cerveau

Dans ces moments-là, je ne peux pas tellement compter sur lui pour me soutenir, le Mr Cerveau. Je lui parle gentiment, en dialogue intérieur ou même à haute voix: "Regarde, les pulses sont stables, pas de maux de tête, en fait tu es en pleine forme, c'est juste que tu n'as plus l'habitude."
- Nan, je suis fatigué, tu m'aimes pas, je m'assied là et je bouge plus, na!, répond le Cerveau. Et le voilà qui fait sa crise.

Monte alors du cœur et des tripes un élan qui me propulse en avant: "Vas-y, tu peux le faire! Quatre kils, c'est quoi? Des clopinettes" Les Amérindiens, sauf erreur, situaient dans le cœur le siège de la volonté. Alors que le mental était aux abonnés absents (tuuut tuuut tuut), ce semi je l'ai fini avec ce truc dans le cœur et dans les tripes qui me portait... et mes jambes qui avançaient vaillamment, sans faiblir.

Tout ça, c'est dans l'estomac

Et au 20e km, cerise sur le gâteau, voici qu'arrive une amie qui était sur le 10 km et qui fait le lièvre avec sa merveilleuse chienne boxer. Jeu de course avec la chienne, cerveau à plat mais cœur bondissant dans la poitrine, je cours mon km le plus rapide au 21e.

Voilà pourquoi je suis tentée de dire que le mental, c'est dans les tripes! Ou dans le cœur, d'ailleurs ce n'est peut-être pas pour rien que le mot "courage" vient de là. Ne dit-on pas "mettre tout son coeur à l'ouvrage?"

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