Courir contre le vent - CR Edimbourg 2015

Dire qu'on couru 26 miles, ça paraît moins long que 42, 195 km. Et pourtant c'est rigoureusement la même distance. Comme quoi, le marathon, c'est dans la tête. 

Ce marathon, voilà longtemps que j'en rêvais. Il y a plusieurs années que nous nous étions dit, M. Escargot et moi, que je courrais à Edimbourg pour mes 40 ans. Pourtant cet hiver, après quelques ennuis de santé, la perspective de courir un marathon me paraissait bien improbable car je peinais à aligner deux pas.

C'est pourquoi j'aime bien la citation ci-dessous: "Il y a des jours où vous ne vous pensez pas capable de courir un marathon. Vous saurez durant tout le reste de votre vie que vous en avez couru un". Eh bien oui, j'en ai donc couru quatre avec celui-ci.




La veille, il a fait un temps splendide pour les 10, 5 km et les courses des enfants. Je n'ai d'ailleurs pas résisté à aller me faire une petite demi-heure dans la lande, sur Artus Seat, le siège d'Arthur, ancien volcan et endroit magique, avec vue sur les clochers d'Edimbourg. Les batteries ainsi chargées de soleil, de genêts et d'herbes folles, j'étais psychologiquement prête pour le jour J, pour lequel une alerte météo avait été lancée!

Un départ en descente


On nous annonçait le pire temps qui soit. Finalement, nous échappons aux pluies torrentielles: ce seront de petits épisodes de crachin. La température est idéale pour courir. Les premiers blocs partent de London Street à 9h50. Les suivants (dont le mien) s'élancent de Carlton Hill (autre magnifique vue sur la ville et sur Artus Seat!) dès 10h00, par vagues régulières. C'est hyperbien organisé, cela coule. Mon bloc marche tranquillement jusqu'à la ligne de départ, chacun enclenche sa montre. Vu que nous sommes en descente, beaucoup de gens partent vite. Je pars à faible allure et je me bride.

J'ai été malade durant trois semaines et cela a altéré ma préparation. Une semaine avant, je ne savais pas encore si je prendrais le départ. Alors je mise sur la prudence. Je suis déjà ravie d'être là et de faire cette "sortie longue" un peu particulière, puisque c'est l'année du passage d'une dizaine. Mon mot d'ordre est donc: discipline. De toutes façons, je ne suis pas une fusée... et encore moins dans les premiers kilomètres. Mentalement, je souhaite bonne chance à celles et ceux de mon sas qui sont partis à 12 km/h en visant un temps de plus ou moins 4h30.

C'est mon premier marathon dans le monde anglo-saxon et, à part la bonne organisation, je suis frappée par la politesse des gens (durant le marathon, la seule fois où je suis bousculée, c'est par deux filles au gabarit de serveuses de l'Oktoberfest qui d'ailleurs parlent allemand), leur humour, leur sens du civisme (un gars tombe, aussitôt tout le monde s'arrête pour s'assurer qu'il n'a rien et l'aider à se relever), bref, c'est un plaisir de courir dans un peloton dans des conditions pareilles. La température est parfaite, tout va bien.

Au 1er mile, M. Escargot m'encourage avant d'entamer son gymkana de spectateur pour rejoindre l'arrivée du marathon, dans la localité de Musselburgh. Rendez-vous dans un peu plus ou un peu moins de 4h30! Le long du parcours, des supporters rivalisent d'humour avec leurs panneaux en carton, du type "Run now, drink whisky later!". La foule des coureurs rigole et crie sa joie. On s'interpelle, on se charrie.

La tradition des "charity runners"


Autre élément frappant pour une non habituée comme moi, c'est la tradition des charity runners, les personnes qui courent pour une cause et récoltent de l'argent à chaque km parcouru. C'est d'ailleurs la majeure partie du peloton. Quant à moi j'ai pris le départ entre un Lymphome et le Diablète, si j'en crois leur t-shirt. Ils et elles sont admirables. A tous les coins de rue, des supporters de leur cause sont là pour les encourager et nous encourager aussi, nous les coureurs lambda. C'est très impressionant. Et dans les moments où le paysage est moins passionnant, c'est rigolo de déchiffrer tous ces tshirts ou de regarder leurs déguisements, car certains sont joliment déguisés en Thor, Batman... et même un Escargot!

Après un parcours entre maisons pavillonnaires, garages, autres maisons pavillonnaires, paf, vers le 7e km, un grand vent dans la figure annonce ce que mes yeux émerveillés découvrent: la mer! Pour une habitante de l'intérieur des terres comme moi, courir le long de la mer, avec des hautes herbes, du sable et ces vagues bleu très foncé jusqu'à l'horizon, c'est tout simplement magique. Je n'en reviens pas d'être ici et de courir, calée sur mes 9,4 km/h, avec des pointes à 9,7 de temps à autre, soyons fous mais pas trop. Et puis j'ai pas mal de vent qui me vient de côté, je m'imagine avec une voile que je pourrais orienter ;-)

Arrive la charmante station balnéaire de Portobello et ses jolies maisons de brique. Un kiosque propose des cafés à l'emporter sur la promenade de bord de mer que nous empruntons... J'ai failli craquer avant de me rappeler le but de cette promenade. Je passe tout droit. Serait-ce l'effet du café manqué? Au 10e km, j'ai un petit coup de moins bien. J'inaugure donc une de mes pâtes de fruits (miam, abricot) par une petite bouchée, et ça repart. Question hydratation, j'ai, en plus de deux gourdes à ma ceinture, la petite bouteille de thé de menthe légèrement sucré que j'avais au départ. Elle m'accompagnera d'ailleurs jusque vers le 32 km, régulièrement alimentée par l'eau distribuée aux ravitos.

La balade de la Mer salée


La route, la mer, les fleurs au bord de la mer, un léger faux-plat montant (ah ça fait plaisir à mes jambes, parce que tout ce plat d'un coup, quand même, elles n'ont pas l'habitude), re-la mer, les tshirt des gens comme un ruban coloré... Tiens on a dépassé l'espèce d'usine qu'on voyait au loin... Je passe le Semi en 2h11'31''. Et cette sortie longue commence à prendre une autre signification pour moi: j'ai passé le semi à l'aise, cela veut dire que je peux commencer à croire au fait que je vais le finir, ce marathon. Depuis le 10e km, j'ai commencé à dépasser des gens qui marchaient et j'ai senti un élan de solidarité pour eux.

Comme on a un bon vent arrière qui nous pousse dans le dos et que je pressens que ça va être compliqué au retour, je m'autorise à accélérer, d'autant plus dans un faux-plat descendant. Je tourne autour des 10 km/h et mes jambes en sont absolument ravies. Moi aussi, d'ailleurs. Mes yeux mangent littéralement le paysage maritime sur ma gauche, encadré de coquelicots et de marguerites. Un rayon de soleil vient me taquiner le bout du nez. Et puis à part ça, qu'est-ce que je suis contente d'avoir emporté un gilet contre le vent! Bref, c'est que du bonheur.

Et prends ça dans ta g...

Au 28e kilomètre, le marathon fait un demi-tour. Il passe d'abord par un grand parc où on alterne vent de face, vent de côté, puis c'est un très brutal vent de face. J'ai l'impression de faire du surplace mais ma montre affiche 8,4 km/h, c'est donc que je dois avancer quand même. Comme de bien entendu, c'est le moment que choisissent les jambes pour durcir un bon coup. Et ce vent, ce vent infernal. Au 30e, je marche un peu pour empêcher mes jambes de tétaniser complètement, je bois quelques gorgées de coca-cola dégazé et j'entame goûlument une 2e pâte de fruits, à la framboise. Tout ça fait des miracles et je me remets à courir.

Je me bats contre ce vent à décorner les vaches Highland, et je me bats contre moi. Non je ne céderai pas, non je ne marcherai pas. Le calcul est simple: si je marche, ça rallonge ce calvaire face au vent. Si je cours, même lentement, je me rapproche plus vite de la fin. Et c'est ce qui compte maintenant: franchir l'arrivée, que cela cesse. Lors de mes 3 marathons précédents, je n'ai pas vécu ça. A Annecy j'ai certes eu une blessure au genou, mais j'ai au contraire adapté la vitesse pour avoir le moins mal possible, et alterné marche et course. Là le but n'est pas d'avoir le moins mal possible, c'est de terminer le plus vite possible, pour en finir avec ce satané vent de face.

Une page de pub


Au 35,2e, rebelotte ravito. Je croque un bout de biberli (pain d'épices à la pâtes d'amandes) mais ça ne passe pas. Ce qui passe bien, en revanche, c'est le coca-cola dégazé. Allez, dans 7 km t'es arrivée. Après un creux, je recommence à prendre de la vitesse vers le 37e. Il faut demander le passage aux gens qui marchent en ligne au lieu de se mettre à la queue-leu-leu, mais tous ont l'air tellement épuisés qu'ils ne doivent plus être tellement lucides. Je fais des tas de détours pour dépasser proprement, mais de temps en temps je heurte une épaule et je m'excuse aussitôt. 

Peu avant le 40e, j'ai la joie de voir M. Escargot que je remercie de prendre des photos en hurlant un tonitruant "COCAAAAAAAAAAAA", ce qui veut dire "je suis juste tellement heureuse de te voir mais pour l'instant c'est un besoin primaire qui s'exprime. Dépêche-toi plutôt de me passer la bouteille de ce breuvage immonde que je ne bois pas d'habitude mais là j'en ai horriblement besoin!" Et je repars en flèche... Le vent a l'air de se calmer un chouïa, même s'il reste fort, et moi je maintiens un rythme de croisière de 11km/h.

Et puis soudain, le parc. Le finish est bizarre: on ne court pas sur un tapis mais sur des sortes de tôles (j'imagine que c'est un dispositif antiboue). Je demande à mes jambes d'accélérer mais elles me disent que je suis foldingue. Biip, je passe sous l'arche en 4h30'43, temps provisoire. J'ai fait mon meilleur temps. J'en suis ravie, mais je suis encore plus contente d'être arrivée. Et puis à part ce dernier tiers contre le vent, j'ai adoré la promenade.



Commentaires

Enregistrer un commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

Courir c'est apprendre à oser

Une Escargote à Genève: un 7e marathon qui fait mal aux pattes

Pour en finir avec le dépassement de soi