Des flaques, de la pluie et 20 km de bonheur dans Lausanne

"Ben t'es pas aux 20 kil, toi?" L'exclamation d'un Yverdonnois  le 27 avril dernier en me voyant dans sa ville, lors d'une conférence publique, m'a bien fait rigoler. Les 20 kilomètres de Lausanne se courent le samedi soir, ce qui permet aux braves travailleurs helvétiques de consacrer leur samedi à leur job et à diverses activités associatives (variante: à la lessive, à faire les "commis", au ménage, etc).

C'est donc avec un bonheur certain que j'ai chaussé mes baskets quelques heures plus tard: quoi de mieux que de commencer le week-end par se dégourdir les pattes? Même le ciel menaçant et les bourrasques de vent ne m'auraient pas découragée.



Objectif: courir et se faire plaisir

Mon objectif? Euh... vu les circonstances, ça se limite à courir l'épreuve-titre pour la première fois. Du côté du chrono, je me suis bien rendu compte en regardant le parcours que l'escargote joggueuse que je suis pouvait viser les 1h55 si elle était en forme. Mais après une journée plutôt laborieuse et studieuse, et un entraînement en forme de... pas grand'chose, je ne m'attendais à rien de spécial.

Un peu moins de deux mois auparavant, j'ai couru mon premier marathon, et pour la préparation je n'avais guère mis l'accent sur la vitesse. On ajoute à cela deux semaines de pause, 10 jours de grippe, des vacances... bref, je n'ai pas beaucoup couru et lors du dernier entraînement j'ai eu l'impression d'avoir des jambes en fonte. Mais connaissant par cœur le parcours des "10 kil", j'avais vraiment envie de faire les 20.

Météo: humide

La journée a commencé façon grisouille, mais plus les heures défilent, plus ça sent la pluie. Les coureurs des 10 km, partis dès 17h00, ont droit aux premières gouttes. Pour ceux des 20 km, qui s'élancent dès 18h10, ce sera une sorte d'apothéose de l'humidité. En attendant, les gens se pressent dans les vestiaires du stade J.-A. Samaranch où on se croirait dans un hammam. Dehors, le fond de l'air est très frais et je suis contente de courir en tshirt à longues manches, même si j'ai opté pour un short. Ayant couru tout l'hiver, j'ai vite l'impression qu'il fait chaud lorsque le thermomètre dépasse les... 6°C.

Dans le sas de départ, c'est un peu la cour des miracles. Question élégance, je bats des records avec mon sac poubelle de 110 litres sur la tronche. C'est un excellent poncho, mais quand on n'est pas grande, le déguisement façon "sac poubelle avec des baskets" ne vous met vraiment pas à votre avantage!

C'est parti

Dans le sas (avant-dernier bloc), je croise des personnes que je connais et avec qui je cours régulièrement. Au vu de leurs ambitions chronométriques, je me dis que je ne vais pas les suivre. Le coup de feu retentit, c'est parti, youpie! Je m'élance et je dois me freiner: "allez, tu pars quand même pour 20 km et ça monte, vas y mollo".

Mais, magie de la course et du jour J, tout est facile. Il fait frais (j'aime), c'est les 20 km, il y a une superambiance et j'ai l'impression de voler. Constatant à ma montre que je frôle les 11 km/h (que d'ordinaire je tiens péniblement sur 10 km), j'arrête de me poser des questions et je me laisse aller.



La petite bête qui monte, qui monte

Les six premiers kilomètres sont grosso-modo le même parcours que celui des 10 kil, puis commence ce que j'aurais tendance à appeler la course proprement dite, avec un chouette parcours qui serpente dans Lausanne et qui rappelle que cette ville est construite en pente sur une morraine. Le parcours joue avec les faux-plats montants, les brusques changements de direction, les ruelles qui débouchent on-ne-sait-où. C'est dynamique, c'est rigolo, c'est surprenant... mais il faut du souffle!

Les encouragements du public font du bien au fur et à mesure qu'on prend de l'altitude. Incroyable public: il pleut des cordes et ils sont là à crier votre nom, à taper dans vos mains... On se croirait au Tour de France dans les étapes de montagne, ou à Morat-Fribourg dans la montée de la Sonnaz. Wow, quel plaisir de passer au milieu des encouragements!

Les derniers 500 mètres dans la Cité (la vieille ville), en s'approchant de la Place du Château, me font particulièrement tirer la langue. En même temps l'ambiance est si chaleureuse que je m'accroche et... débouche haletante sur la place. Là, plus personne. C'est vide, c'est gris, il pleut et heureusement qu'il y a les maillots fluo des coureurs et des coureuses pour mettre une touche lumineuse à l'ensemble



Allez, on redescend

Le point culminant de la course atteint (altitude 540 m, alors qu'on est parti de 375 m), c'est "que du bonheur", il suffit de se laisser rouler dans la pente. Enfin, en théorie. Parce qu'après cette bonne montée, mes jambes  se font un peu prier et réclament qu'on les ménage. Je me mets à rêvasser... et finis par me dire que ce n'est pas le moment: c'est une course, pas un entraînement! A la faveur d'une bonne descente, je desserre le frein à main et me laisse entraîner par mon poids, youhouhou!!!

Ceux qui ne connaissent pas le plaisir incommensurable de courir avec des lunettes ne peuvent pas comprendre ce qui suit: j'ai beau avoir une casquette à large visière, mes lunettes sont trempées et complètement embuées. En un mot comme en cent: je ne vois plus rien dans le soir qui descend. Je parcours les 2-3 derniers kilomètres au radar, en espérant ne pas trébucher dans un trou ou une irrégularité du bitume. J'ai même du mal à distinguer les silhouettes des autres coureurs.

Et soudain, le terrain change de couleur. Cet ocre... mais c'est la piste du stade, j'arriiiiiiiiiiiive! Je veux accélérer et mes jambes me font savoir que je suis bien gentille, mais non. En fait elles vont quand même un peu m'aider puisque je fais les derniers mètres à 14 km/h, ce qui est honorable pour une escargote de mon espèce.

Je franchis le sas d'arrivée, j'arrête ma montre et je regarde le chrono. J'ai la berlue. J'enlève les lunettes, je remets les lunettes, rien n'y fait: 01h51 et quelques au chrono. C'est peut-être un détail pour vous, mais pour moi... c'est un monde qui s'ouvre: tiens, je suis capable de faire des progrès!



Frrrrrroid!

Les bénévoles ont l'air transi et sont trempés, inertes. J'arrache plus ou moins ma médaille des mains d'une dame qui est plantée là, immobile, ses médailles à la main. C'est un peu triste, tout le monde a froid, personne ne vous sourit ou vous félicite et tous semblent n'avoir qu'une idée en tête, rentrer se réchauffer.

C'est d'ailleurs ce que je me dépêche de faire, revêtue d'un pull polaire sec et d'un autre sac poubelle de 110litres. Je rentre à pied et, traversant un parc, avec mon accoutrement, je me dépêche de rassurer les rares passants chez qui ma vue provoque un instant de panique: "Pas avoir peur, je ne suis pas une tueuse psychopathe, je reviens juste des 20 kil!"


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